lire 2 En lisant un article sur Winston Churchill, je suis tombée sur le mot parrêzia (mot grec formé sur le pronom pan(tout) et le verbe rein (dire) qui me semblait tout indiqué quand on parle de ce brillant Homme d’état et j'ai eu envie de partager avec vous quelques instants de philosophie.

J’ai eu envie d’aller plus loin en consultant des articles du philosophe Michel Foucault (1926/1984) dont le travail porte sur les rapports entre pouvoir et savoir et j’ai trouvé intéressant le texte qui suit qui fait état de son dernier cours au Collège de France le 28 mars 1984.

Il s’agit là effectivement des choses de l’état mais si nous y réfléchissons bien, nous pouvons aller bien au-delà de cela, tout simplement, en revenant à nos relations de nous avec les Autres.

Le Courage de la vérité est la seconde partie d’un cours dont le titre général est Le Gouvernement de soi et des autres, cours dont la première partie avait été prononcée l’année précédente. Durant le cours de 1982-1983, en effet, Foucault avait étudié la notion de parrêsia (mot grec formé sur le pronom pan(tout) et le verbe rein (dire) et qu’on peut traduire par « dire-vrai » ou « franc-parler ») dans ses implications d’ordre politique. Il s’agissait alors de dégager ce qu’on pourrait appeler une condition non formelle de la démocratie athénienne : le courage d’un dire-vrai s’exerçant depuis l’exposition publique d’une tribune politique. Ce qui rend effectif et authentique le jeu démocratique, c’est ce « courage de la vérité » (l’expression apparaît déjà) qui suppose toujours une prise de risque et une mise en jeu de l’existence même du citoyen prenant la parole dans l’assemblée et acceptant le débat contradictoire. On peut dire qu’autant le cours de 1982-1983 aura insisté sur les implications politiques de la parrêsia, autant celui de 1983-1984 met l’accent sur la dimension proprement éthique de cette dernière, les deux, n’étant jamais, pour les Grecs, très éloignées.

De quoi est-il donc question ? Le thème général du cours est celui de la transformation d’une parrêsias’exerçant depuis une tribune politique et face à une assemblée (Périclès ou Solon face aux Athéniens) à une parrêsia qui se pratique sur une place publique et s’inscrit dans le cadre d’une relation interindividuelle (Socrate et Diogène). Si Socrate refuse de faire de la politique et devient la figure emblématique d’une parrêsia exclusivement éthique, c’est, paradoxalement, pour être utile à la Cité en sauvegardant la tâche qui lui a été confiée, à savoir ce dire-vrai courageux qui vise à transformer la manière de vivre de son interlocuteur afin qu’il apprenne à se soucier correctement de lui-même. Dans la figure de Socrate, viennent donc s’articuler et se conjoindre le thème de la parrêsia et celui de l’epimeleia, du « souci de soi », pour reprendre la traduction foucaldienne de ce mot grec. Le refus socratique de l’engagement politique est donc à comprendre non pas comme une démission ou un acte de couardise mais comme le seul moyen de ne pas entraver la mission qu’il entend mener ; il préfère la mort à la trahison de cette vocation :
« […] ce qui traverse, me semble-t-il, tout le cycle de la mort socratique, c’est bien l’établissement, la fondation, dans sa spécificité non politique, d’une forme de discours qui a pour préoccupation, qui a pour souci le souci de soi ».

Cet extrait est tiré d’un article de Henri de Monvallier (Certifié de lettres modernes et agrégé de philosophie) publié en mai 2009