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La vie c'est de s'engager là où ça fait peur.

Cette phrase pose le problème de nos engagements et par de la même les engagements que nous n'avons pas pris, pas finalisé,  pas entrepris.

Il n'est pas donné à tout le monde ce talent de se jeter à l'eau quelque soit le temps et quelque soit l'environnement.

La peur est insidieuse et mal intentionnée. Elle nous laisse au bord de l’en-vie avec un sentiment de frustration et de non accomplie.

Pourtant combien est forte et porteuse de joie les engagements que nous prenons, que la réussite ou l'échec soit au bout, qu’importe.

J'ai souvenir d'un chemin incroyable qui serpentait au milieu d'une forêt aux arbres immenses et moussus et de la peur qui me tenaillait et me soufflait de rebrousser chemin. Cette forêt aurait pu illustrer un de ces livres fantastiques où la peur se mêle d'effroi et de plaisir.

Bref, dans cette forêt je me sentais comme prisonnière dans un environnement que je pressentais, sans aucunes raisons réelles, hostile. C'est la boule au ventre et le souffle court que je me suis obstinée car j'avais ouïe dire,  qu'en haut, tout là haut, le point de vue était magnifique

 Fais le, fais le me disait la petite voix de l’enfant libre (Berne).

Fais demi-tour et regagne des contrées plus tranquilles me souffrait l’autre voix, celle de la peur.

Le précipice qui bordait cette  « semblant » de route semblait vouloir m’absorber. Je me souviens que je tremblais, en dedans, sensation étrange pire que de trembler en dehors. La pente était raide et des cailloux facétieux me faisaient trébucher. Il n’en finissait pas ce chemin où je ne croisais âme qui vive.

Je me sentais, mal, angoissée au bord de la nausée. Des oiseaux volaient en faisant du tapage et, merci  Hitchcock,  ils ajoutaient à mon malaise.

Dix fois, peut-être plus, peut-être moins, j’ai eu envie de faire demi-tour ; mais j’ai continué car je n’avais pas fait tout ce chemin pour rien. Pour une fois mon obstination servait mon dessein.

Au bout de l’effort et un peu à bout de nerf, je me suis retrouvée sur un plateau et en haut, c'était époustouflant. Un paysage à couper le souffle émergeait d'un léger brouillard. Une vue qui semblait s'ouvrir sur l'infini. Une beauté fantasque où se mêlaient les milles facettes de la montagne et de la plaine. Un entrelacement de verts. Je ressentais un sentiment de paix et d’exaltation.  

Maintenant à chaque fois que je sens la peur m'envahir je pense à cette expérience qui m'a poussé à me dépasser pour me donner une grande joie.

Ah la peur ! Quel mot et quelle implication dans nos vies. La peur qui paralyse jusqu’à nous rendre malade, impuissant, désespérément immobile et même parfois carrément idiot.

Quelle joie lorsque nous la vainquons,  c'est une telle victoire que nous devenons roi du monde quelques instants.

Avec la peur au ventre nous traînons notre vie en croyant éviter le pire et le pire n'est pas toujours ce que l’on croit.

La peur nous rend fragile et timoré face aux autres et face aux événements.

Nous sommes dans une société où la peur est omniprésente. Peur de tout,  peur de rien, peur pour tout, peur pour rien.

La peur de l'autre, qui est forcément plus grand,  plus fort,  plus intelligent, plus riche, plus intéressant est un mythe. L’autre c’est soi autrement, il traine seulement d'autres peurs.

La peur est une trahison de notre intégrité.

S’engager là où ça fait peur nous rend plus grand, plus fort, plus généreux et bienveillant envers nous-même.

Et puis s’engager n’est ce pas aussi une façon de ne pas rester sur place ?

Eve.